François Caradec

Camaret, Ligne

À la sortie du port de Morgat où il amarre son bateau l'hiver, François nous décrit la moindre roche dans laquelle il a joué enfant. Il nous relate les parties de pêche où, gamin, il a remonté ses premières vieilles à l'hameçon. C'est l'histoire d'un exilé de la pêche de retour au bercail à bord de son propre bateau 15 ans plus tard, un vrai rêve de gosse devenu réalité.

De la marre aux bouquets au chalut de fond

Pour François, l'expression "être né dedans" convient parfaitement. À Morgat, il a certainement attrapé ses premiers bouquets dans les flaques en mouillant la couche culotte. À l'adolescence il a le souvenir des brèves rencontres avec Gaël Boennec, un des ligneurs du port de Morgat, qui rentrait de mer avec les caisses remplies de bars.

Pourtant, pour faire ses premières armes dans la pêche professionnelle le grand bain se fait en Bretagne Nord où des postes de matelots se libèrent. Les places sont chères, François fonce et embarque à Saint-Quay Portrieux. Là-bas, il croise Sandrine Thomas mais aussi Victor, également tout récemment installés à la pêche et pensionnaires actuels du réseau Poiscaille.

Dans les côtes d'Armor loin de ses terres, il apprend : chalut au large, filet à la côte et même casiers sur son propre bateau à Bréhat. Le métier est dur et à force d'avaries, François jette l'éponge. Il vend son bateau pour rémbarquer 1 an au chalut au large en mer d'Iroise. Pendant ces 12 mois au rythme de marées de 15 jours avec une semaine de pause tous les deux mois, le temps lui manque pour voir sa compagne enceinte et la naissance de sa petite fille, "une période à oublier". L'idée de s'installer à la canne pour retourner sur la presqu'île de Crozon commence à émerger.

Le parrainage des ligneurs de Camaret

À l'achat de son petit ligneur, la bonne étoile de François revient. En guise de formation il rencontre le meilleur parrain qui soit : Gaêl Boennec, le même Gaël qu'il croisait adolescent mais cette fois-ci collègue de travail. Avec lui et Stéphane, un troisième ligneur de la presqu'île, une vraie complicité nait. On s'échange les leurres au cul du bateau en pleine sortie, on s'appelle dès que le poisson est trouvé et on partage l'expérience de retour à quai, une bière camarétoise à la main. Après la pêche, François retrouve sa fille et sa compagne le soir. Le rêve peut commencer !

Le bar mais pas que

Avec son petit ligneur l'ennemi numéro 1 de François est le voyage. Il ne passe jamais plus de 2h de trajet avant de trouver ses spots de pêche entre le Cap Sizun et la Pointe Saint-Mathieu. Ça tombe bien les spots ne manquent pas autour de la presqu'île.

À l'année, le poisson phare de François est le bar. Il le cible surtout à la canne lorsque le temps est doux et que le poisson est actif, à la traine lorsqu'il y a "du jus" (du courant dans le jargon de la pêche) ou à la palangre lorsque les températures faiblissent. Au coeur de l'hiver, lorsque le bar migre vers les frayère, François s'attaque aux lieus à la traine autour des épaves au large de Camaret.
Mais d'année en année, le bar et le lieu se raréfient, alors avec la perspéctive du débouché Poiscaille des alternatives s'ouvrent : l'encornet sur des spots bien précis, le merlan sur les palangres eschées de lançons ou le chinchard à queue jaune autour des têtes de roche l'été.

S'intéresser à des espèces abondantes et accessibles pour relâcher la pression sur le bar, c'est l'un de nos paris partagés avec les pêcheurs pour le laisser se refaire la cerise. Grâce à François, chez Poiscaille on lance l'opération "un grondin commandé, un bar sauvé". Et ça tombe bien, le grondin c'est délicieux !

Espèces : Bar, lieu jaune, merlan, encornet, grondin perlon, chinchard à queue jaune
Techniques : Ligne