Imanol Urgatemendia

Bolinche, Saint Jean de Luz

Né dans une famille de pêcheurs basques, Imanol est « tombé dedans » quand il était tout petit. Et depuis, malgré les difficultés, la passion est toujours là. Imanol, c’est Anne Marie Vergez (ancienne patronne de Matthieu Labonnote) qui nous l’a fait rencontrer il y a plus de 10 ans lors de réunions pour fédérer la petite pêche artisanale française. Parce qu’Imanol est toujours là dès qu’il s’agit de défendre la petite pêche. Le collectif, il a ça en lui, même si c’est toujours un défi de rassembler dans une profession qui pousse souvent à l’individualisme.

Un touche à tout

Imanol a vu tous les métiers pratiqués au Pays Basque. Des marées sur les chalutiers hauturiers aux fileyeurs puis la ligne, sur les fameux petits palangriers au merlu de St Jean de Luz. Mais c’est la bolinche, métier ancestral du Pays Basque qui l’attire notamment après avoir passé quelques années comme matelot sur l’un de ces magnifiques navires de pêche mais aussi parce que ses aïeux ont pratiqué cette pêche avant lui.

La bolinche comme art de vivre

Alors malgré les difficultés pour s’installer sur un bateau de ce genre, Imanol se lance en 2015. Il achète un chalutier qu’il va transformer en bolincheur. Ce n’est pas une mince affaire mais il relève le défi et le Cougar, qui s’appelle aujourd’hui Gure Izarra, se lance dans le grand bain. Cette technique est une traque. Imanol et son équipage vont partir du port avant la nuit pour chercher le « poisson bleu » (sardines, maquereaux…) à l’aide d’un sonar et d’un sondeur parfois jusqu’au petit matin. Il faut garder son calme malgré l’attente ou les « fausses alertes ».
Quand Imanol annonce à l’équipage qu’on va « jeter » (mettre ce filet coulissant à l’eau), c’est un balai qui se met en place sur le bateau. Tout le monde à son poste, les gestes sont précis, coordonnés, jusqu’au verdict. Dans la poche du filet collée au bateau à la fin de la manœuvre, les écailles brillent. Jusqu’au dernier moment, Imanol peut décider de relâcher vivantes les captures du jour. Cette technique est donc ultra sélective et la qualité est toujours au rendez-vous, les prises étant directement déposées dans un mélange d’eau et de glace.

Injustice et quotas

Un petit bolincheur comme le Gure Izarra ne pèse malheureusement pas grand-chose dans les discussions de l’interprofession où se distribuent les quotas et bien souvent, les armements industriels y règnent en maitres et ramassent l’immense majorité du gâteau.
Le paradoxe, c’est qu’Imanol valorise bien mieux – notamment grâce à Poiscaille - sardines et chinchards que les chalutiers géants surgélateurs vont vendre une poignée de moules. Il maximise aussi le nombre d’emplois à bord face à une ressource limitée. Mais tous les ans, c’est l’angoisse pour savoir combien le bateau aura le droit de pêcher de telle ou telle espèce. Alors pour le soutenir lui et son équipage, Poiscaille s’engage toute l’année à acheter notamment son chinchard à un prix bien plus élevé que celui des enchères en criée.

Espèces : sardines, chinchards, maquereaux, maquereaux espagnols, bogues, saupes