Jean Yvon Coatanlem

Mytiliculture, Locquémeau

On a rencontré Jean Yvon et son équipe sous les conseils de Leslie & Julien Romagné qui pratiquent le même métier au large de Groix. Lors de leur installation en 2017, ils ont pu bénéficier du précieux partage d'expérience de Jean-Yvon avant de plonger dans le grand bain.
Dans le petit monde de la mytiliculture ils ne sont pas nombreux à produire les moules sur filière, surtout en Bretagne où la grande majorité des élevages se font sur bouchots, pieux plantés sur les estrans que l'on trouve notamment dans la baie du Mont Saint-Michel. Ici, tout se fait en bateau ou en plongée. Sandwich à la main, on décolle du port de Locquémeau à bord d'une grosse barge mytilicole et sous le soleil breton. Idéal !

De l'ingénieur au mytiliculteur

Ingénieur et plongeur professionnel de formation, Jean Yvon a longtemps travaillé sur les chantiers de travaux maritimes, à la côte et au large.

En quête de changement, il a entrepris le métier en 2009 en installant ses premières filières dans la baie de Lannion. Pour cette activité quasi inédite en Bretagne, il a fallu tout concevoir : un parc et un système d'élevage adaptés au site de la baie de Lannion, en pleine mer. Et quand on voit le résultat après plus de 12 ans d'activité, on peut se dire que Jean Yvon n'a pas oublié son savoir faire en ingénierie, loin de là !

Une équipe de choc

Sur les cordes en pleine mer, les moules sont toujours immergées. Le travail est immense : il faut chaque saison ensemencer les filières, travailler les moules puis les pêcher lorsqu'elles sont à bonne taille. Et plonger pour surveiller et entretenir les ancrages. Pour assurer tout ce manège, Jean Yvon peut compter sur une belle équipe :
Johnny qui travaille avec lui depuis plus de 10 ans, à la pêche à la coquille l'hiver et à ses côtés le printemps et l'été, Erwan navigateur globe trotteur qui a rejoint l'équipe tout récemment et Olivier, fidèle toute l'année depuis presque 10 ans.

Sur le bateau, tout est conçu pour minimiser les charges dans les bras et le dos, du treuil pour lever les filières à la laveuse pour décrocher et nettoyer les moules.
Dès le mois d'avril, ils ne sont pas trop de 4 pour s'occuper du parc. Il faut commencer à pêcher les premières moules de l'année et surveiller leur croissance sur les cordes. Avec l'eau qui se réchauffe, les bivalves se gobergent de planctons et commencent à prendre en chair : les cordes peuvent prendre plusieurs dizaines de kilos en quelques jours. Afin de veiller à ce qu'elle ne coulent pas au fond de la baie, on rajoute des flotteurs à mesure qu'ils se mettent à couler. Comme une partie de pêche au bouchon géante !

Les plus grosses moules de Bretagne

Sur les filières, Jean Yvon tout comme Leslie & Julien élèvent les plus grosses moules jamais vues en Bretagne, une typicité qui fait toute la différence une fois dans l'assiette. Sur son parc, il cumule 3 espèces :
la Mytilus Edulis, la nord européenne et la plus connue, élevée sur les bouchots et souvent de petite taille. Il peut la pêcher dès le mois de juin.
La Mytilus Galloprovincialis, native de la baie de Lannion et captée sur place. C'est une cousine de la moule gallicienne, surtout consommée par les espagnols et les portugais. Grâce à sa croissance très forte, elle est mature au printemps. En poussant, Jean Yvon cherche à en faire des moules à farcir, de la taille de la main dès la fin de l'été.
La Gallo sud bretonne, un nom qui n'a rien de scientifique mais qui est donné à cette hybride entre la première et la seconde. Elle est captée sur des parcs en Sud Finistère. C'est l'espèce préférée des abonnés Poiscaille. Bien en chair et ultra iodée, avec la qualité de l'eau en baie de Lannion on peut même la tester crue comme une huître.

Sur les cordes, les moules toujours immergées poussent toute la journée dans des zones de courant ce qui leur donne un avantage considérable pour grossir. Dans l'assiette, il suffit d'une première fois avant d'être conquis. 100% de taux de réussite à l'examen des abonnés Poiscaille !