Laurent Pezzotti

Filet & nasses - Pérols

Laurent est depuis de nombreuses années second de la prud'homie de Palavas qui fédère les petits pêcheurs côtiers de l'étang de l'Or à l'étang de Vic. Collectivement, ils ont à leur charge la gestion des ressources aquatiques et de la pêche. Ce modèle méditerranéen unique en son genre confère aux pêcheurs de chaque localité la responsabilité de l'exploitation durable des ressources, avec l'appui des scientifiques... Et non l'inverse comme côté Atlantique.

Les anguilles, un poisson historique

Laurent pratique essentiellement la pêche à l'anguille à l'année. Sur son bateau d'environ 5m, il les capture à la capéchade, des barrages de nasses qu'il cale dans les étangs salés. Grâce à ce système les poissons piégés sont attrapés vivants, tous les petits peuvent repartir en forme à l'eau. Pour l'anguille, il existe plusieurs saisons de pêche :
Entre septembre et octobre, les jeunes anguilles adultes descendent les rivières pour se nourrir dans les eaux saumatres côtières. Elles pèsent généralement moins de 500g et se mêlent aux poissons de mer : mulets, loups, daurades qui se nourrissent dans les étangs salés.
À partir de novembre, les plus grosses anguilles qui ont accumulé des réserves de graisse profitent des crues pour quitter les rivières. On appelle ça la dévalaison et ça dure généralement jusqu'au coeur de l'hiver. Elles gagneront la mer des Sargasses plusieurs mois plus tard pour s'y reproduire.

Depuis des générations, tout comme le saumon, l'anguille est un poisson couramment consommé à table. Certaines régions en ont fait une spécialité culinaire régionale. Mais depuis 30 ans, les populations d'anguilles périclitent. Les chiffres des scientifiques font mal à la tête. En cause : la pêche illégale des civelles (alevins qui regagnent les rivières au retour de la haute mer), les polluants chimiques et les multiples barrages qui leur bloquent le passage lors des migrations. Côté Atlantique, la pêche professionnelle des anguilles adultes est même interdite.
En Méditerranée pour Laurent et les autres pêcheurs de la prud'homie, elle est ultra réglementée. Les bateaux sont limités à 6m de longueur, une puissance de 60 chevaux et le nombre de licences et de zones de pêche sont très restreintes. Les mareyeurs sont aussi très contrôlés et doivent déclarer toutes les captures achetées. Malgré toutes ces mesures de protection de la ressource, il semble que les recettes aient été oubliées et à l'année, les petits pêcheurs peinent parfois à bien valoriser les anguilles.

Valorisation du savoir-faire

Comme pour le saumon sauvage, le maintient d'une pêche artisanale à petite échelle est cruciale pour protéger l'image des espèces les plus menacées du littoral. L'anguille en fait partie et la présence de pêcheurs qui en dépendent nous assure que le suivi des populations perdure, que l'anguille soit défendue pour qu'elle ne tombe pas dans l'oubli. c'est un enjeu très important au delà de l'activité socio-économique locale !

Attaché à l'image de l'anguille, Laurent multiplie les projets pour la redorer. En dehors des circuits courts, il s'associe avec un cuisinier pour la proposer localement et fumée. On espère pouvoir en goûter un jour !

La force du collectif

On l'aura compris, Laurent est investi bien au delà de son activité de pêcheur professionnel. Avec Victor ils s'épaulent pour l'expédition du poisson. Victor pêche souvent de nuit et Laurent lui donne un coup de main pour vider et déposer les poissons dans le camion qui nous les achemine.

Sensibilisation, valorisation, altruisme, pêche à petite échelle, on soutient Laurent à 100%. Avant de tirer une recette des vieux bouquins de grand mère, si vous avez peur d'imiter Maïté en cuisine, on vous propose de saisir les anguilles juste découpées en tronçons sans les peler et de les accompagner d'une bonne persillade.

Espèces : Anguilles, daurades royales, sars, loups