Pascal Derrouet

Saint-Jean de Luz, Palangre & canne

Il y a quelques années, Pascal était le second du bateau d'Imanol Urgatemendia et le troisième matelot de l'équipage était Guillaume Chausse. La dream team de l'époque.
Aujourd'hui chacun a son propre bateau : Pascal a racheté celui d'Imanol qui a cassé un petit chalutier pour en faire un bolincheur de 12m et Guillaume patronne son propre bateau pour pêcher les merlus à la palangre.
La passation s'est bien passée selon les dires de Pascal : une magnifique sortie à l'hameçon et une pêche miraculeuse de louvine, le nom local donné au bar, le rêve de tout pêcheur à la ligne. Il se raconte qu'avec cette sortie, Pascal a remboursé son emprunt pour le bateau d'un coup !! Ça grince des dents du côté d'Imanol, ils se chambrent volontiers mais l'amitié est restée inusable.
Et puis on embraye sur les histoires de pêche au thon germon, de longs récits qu'ils nous racontent autour d'un bon repas, jusqu'au petit matin.

Le merlu du gouf de Capbreton

C'est une des curiosités de la côte landaise, un canyon sous marin qui relie la côte landaise des fonds abyssaux du golfe de Gascogne , à plus de 1000m de profondeur. Grâce à ce relief sous la mer, Pascal et les autres ligneurs de Saint-Jean de Luz profitent d'une sacrée zone de pêche.
Avec son matelot, il cherche à caler ses palangres de fond sur les acores (chutes brusques de profondeur) tout le long du gouf. Ce sont des lignes de 2000 hameçons maximum, eschés d'un morceau de poisson.
Les hameçons se succèdent sur la ligne par alternance de poids et de flotteurs, permettant de légèrement survoler le fond. C'est à ces profondeurs que le merlu chasse, en remontant chasser de façon cyclique vers la surface la nuit et en replongeant la journée.
Lorsque les palangres sont remontées, les poissons sont décrochés vivants et glacés immédiatement. Souvent, Pascal rentre de marée avec 50 à 150kg de merlu, parfois accompagnés de quelques tacauds, sébastes, merlans bleus et congres ayant mordu sur les appats. Lorsqu'il ne prend pas que du merlu, ce sont des maquereaux qu'il remonte par grappes. Ils s'attaquent aux hameçons en pleine remontée des lignes. De véritables flèches d'argent d'une qualité impressionnante !

Qualité et diversité

Pêchés à l'hameçon, ces merlus n'ont rien à voir avec le poisson pêché au chalut au large et conservé plusieurs jours en cale avant le retour à terre. On redécouvre cette espèce fragile, sa texture et son goût ultra fin lorsqu'il est frais et bien traité à bord.
Au coeur de l'été, à partir de juillet, Pascal et son matelot stoppent la palangre de fond pour aller chasser les thons germons qui font irruption dans le golfe de Gascogne. Ce sont des campagnes de pêche de 2 à 3 jours où règnent la bonne ambiance entre marins, leur période préférée de l'année. Quelques heures de sommeil dans la cabine pour ne rater aucune chasse et lorsqu'elles surgissent à la surface de l'eau, les lignes de traine sont filées à l'arrière du bateau et les cannes sorties sur le pont.
Les poissons leurrés sont remontés vivants et immédiatement saignés, permettant la meilleure valorisation de ce grand prédateur de pleine mer. Dès le mois d'octobre, les thons s'écartent de la côte et Pascal reprend la saison de la palangre, une polyvalence qui lui permet d'assurer un bon revenu toute l'année tout en laissant à la ressource des périodes de repos biologique.

Durabilité

En limitant eux-même leur effort de pêche à 2000 hameçons par ligne et des poses à la journée, Pascal tout comme Guillaume ou Mataff, s'assurent de l'exploitation durable et parcimonieuse de la ressource. Non seulement ils permettent à la criée d'avoir des apports mesurés de merlu à chaque débarquement et donc de conserver des prix moyens les plus stables possibles, mais surtout ils s'assurent des sorties courtes et rentables sur le long terme où quantité ne prime pas sur qualité.
Les quelques 20 bateaux qui pratiquent ce métier ont su se démarquer avec un label local "merlu de ligne", certains pratiquant même l'Ikejime à l'abattage. Ils sont ainsi les garants du savoir-faire et de la gestion durable de la ressource.

Espèces : Merlu, tacaud, maquereau, thon germon
Techniques : Palangre & canne