On vous explique notre cahier des charges pour les sorties en mer de nos pêcheurs.

Durée des sorties en mer, temps de pêche, on vous explique tout en détail

En résumé

Chez Poiscaille on s’engage à ne travailler qu’avec des navires qui font des sorties à la journée.
Plusieurs intérêts à cet engagement :
  • on est certains de la date de pêche, afin de tenir nos engagements de fraîcheur
  • des sorties réduites à la journée, ce sont aussi des captures à une échelle modérée
  • les pêcheurs rentrent tous les soirs à la maison, un vrai plus pour la vie sociale et de famille
L’immense majorité des produits que l’on propose sont donc pêchés par des navires qui sortent à la journée.
Il existe quelques exceptions que l’on a découvertes au fur et à mesure des rencontres avec des nouveaux pêcheurs.
Ces exceptions sont locales et saisonnières. On vous explique en détail les cas particuliers et comment on tient nos engagements à ce moment.

Un moyen de garantir nos engagements de fraîcheur

Dans la filière pêche, la durée des marées, les sorties en mer, varie fortement. Les plus petites unités sortent de quelques heures à 48 heures. Les plus grands navires passent 10 à 15 jours en mer. Les unités industrielles passent plusieurs semaines en mer et congèlent le poisson à bord.
La date de capture, elle, n’est pas enregistrée. Ainsi, quand un navire vend sa pêche à la criée, seule la date de vente est enregistrée, même si le poisson a été pêché et débarqué plusieurs jours avant. Deux poissons pêchés à plusieurs jours d’écart auront la même date, charge aux acteurs de la filière et aux consommateurs d’en évaluer la fraîcheur.
Pour nous engager sur la fraîcheur de nos poissons, une seule solution : ne travailler qu’avec des navires qui sortent à la journée. Ainsi, le jour de vente nous indique le jour de pêche. Ce principe génère énormément de complexité, mais c’est le seul moyen pour vous garantir la fraîcheur et vous faire apprécier les espèces les plus fragiles.

Sortie à la journée rime avec pêche limitée

En plus de garantir la fraîcheur des produits, pêcher à la journée limite structurellement les quantités capturées. Beaucoup de zones proches des côtes ne sont praticables qu’à des heures spécifiques. Les marées peuvent rendre le port accessible uniquement à certaines heures. Certaines zones ne sont praticables qu’en plein jour, y pêcher de nuit est trop dangereux. Ces facteurs font que les navires qui rentrent tous les jours au port pêchent sur des temps réduits. Les navires qui pêchent plusieurs jours d’affilée sont souvent en pêche 24 heures sur 24. Et même s’ils s’arrêtent parfois quelques heures, ils reprennent très tôt, quand les petites unités sont encore en route vers leur zone de pêche.
Ainsi, se restreindre à des navires sortant à la journée permet de garantir des captures à échelle humaine.

Des marins à la maison tous les soirs

C’est un des principaux inconvénients du métier de marin pêcheur, souvent pointé par les travailleurs de la mer. Partir plusieurs jours en mer, même avec des bateaux maintenant connectés à internet, est particulièrement pesant. La vie de famille et la vie sociale en prennent un coup. On voit régulièrement des marins abandonner la pêche pour aller sur d’autres activités plus stables (ferry, navettes côtières, marine marchande). Et dans la pêche, beaucoup de marins sur les navires hauturiers (qui partent 5 à 10 jours en mer) aspirent à trouver une place “à la côtière”, pour passer les soirées à la maison.
Ce n’était pas notre motivation première quand on a fixé les engagements Poiscaille, mais c’est un vrai plus dont on est fiers. Derrière nos poissons il y a des familles qui se retrouvent au diner, des parents qui voient leurs enfants tous les soirs, des pêcheurs qui participent à la vie du bord de mer. La petite pêche à la journée fait vivre les côtes toute l’année.

Date de pêche et date de débarquement correspondent dans la majorité des cas

On peut affirmer que chez Poiscaille, date de pêche et débarquement sont identiques au vu de notre expérience de terrain.
Les ligneurs remontent les poissons vivants à bord : soit ils pêchent à la canne, poisson par poisson, soit ils posent des palangres la veille pour le lendemain. Dans les deux cas, 99% des poissons sont remontés vivants, aucun doute sur la fraîcheur.
Les plongeurs cueillent les coquilles Saint-Jacques chaque jour, à la main. Certains peuvent stocker dans des bassins, quelques jours avant d’expédier, les coquilles restent en pleine forme.
Les crustacés et poulpes sont remontés vivants dans les casiers.
Les pêcheurs à pied ramassent les coquillages à chaque marée et les gardent en bassin a minima 48 heures avant de les expédier.
Pour les poissons pêchés au filet il y a deux cas de figure :
  • pour la pêche dite “à la trempe”, les pêcheurs posent les filets et les relèvent entre quelques minutes et quelques heures après. Fraîcheur garantie
  • pour les filets calés, les pêcheurs relèvent tous les jours, soit environ 12 à 18 heures après la dernière pose. Ainsi il peut arriver que certains poissons se maillent très tôt, la veille de la sortie suivante. En hiver, aucun problème, l’eau est froide et le poisson reste vivant ou est bien conservé. En été, quelques poissons sont écartés, trop abîmés. Ils servent très souvent à appâter les casiers du voisin.

Raie, thon germon et poissons du Léman parfois pêchés sur plusieurs jours

Raie

Pour pêcher la raie, les fileyeurs utilisent des filets à grande maille. Elles font 130 à 140 mm de côté. Pour pêcher les autres poissons, les mailles habituelles font entre 30 et 60 mm de côté. De même, la hauteur du filet est réduite, à peine 2 mètre alors que des filets de 3 à 6 mètres de haut son monnaie courante.
Les filets sont laissés plusieurs jours dans l’eau, en général 2 à 3 nuits. Laisser un filet aussi longtemps génère habituellement beaucoup de rejets : les poissons s’emmêlent, n’arrivent plus à s’oxygéner et meurent. Ils sont alors grignotés par toute une chaîne alimentaire : puces de mer, bigorneaux, etc. Quand le filet est relevé ces poissons sont bons à être jetés.
Mais quand les raies se prennent dans les filets à grandes mailles, elles restent vivantes. En effet, elles sont habituées à rester posées sur le fond, alors que les poissons de pleine eau nagent constamment. Ainsi, les raies ne sont pas grignotées par les puces de mer une fois prises, la qualité reste donc parfaite quand le pêcheur relève son filet. On ne peut pas garantir qu’une fois de temps en temps un poisson s’emmêle mal et soit gâché. Mais c’est vraiment marginal. Les pêcheurs adaptent le rythme aux conditions de mer. Quand la houle et le courant sont forts, ils réduisent les temps d’immersion, pour éviter de gâcher du poisson.
Les prises accessoires sont très rares, avec ces grandes mailles très proches du fond. Seuls quelques grands poissons plats (turbot, barbue, lotte) et quelques gros crustacés (araignée, rares langouste) peuvent se prendre. Les levées tournent entre 200 et 400kg de raie en moyenne. En général ils capturent 20 à 80kg d’autres espèces, qui elles aussi remontent vivantes à bord du bateau.

Poissons du Lac Léman

Dans le Lac Léman, une poignée d’espèces se capturent en laissant les filets plusieurs jours dans l’eau. C’est le cas des ombles chevaliers et des lottes de rivière. Ces deux espèces évoluent à plus de 100 mètres de fond, et se déplacent peu. Ainsi, il est nécessaire de laisser les filets plusieurs jours à l’eau pour pouvoir les capturer. En hiver les filets sont laissés à l’eau 3 à 4 jours pour les lottes de rivière et 7 jours pour les ombles chevaliers, dans des fonds entre 100 et 200 mètres. En été, les filets sont remontés tous les trois jours pour les ombles chevaliers, entre 50 et 80 mètres de fond. A partir de 50 mètres de fond, la température du Lac Léman est stable toute l’année, à 4°C. Avec ces eaux froides, l’eau est riche en oxygène et le métabolisme des poissons très lent. Ainsi, même pris dans les mailles du filet, les poissons restent en vie sans difficulté. Laisser les filets plusieurs jours n’entraîne donc quasiment aucun rejet de poisson. Il y a bien quelques pièces qui se prennent mal et meurent rapidement. Ces poissons sont tout à fait consommables, conservés à 4°C, mais ils supportent mal la manipulation et le transport. Ce sont donc les pêcheurs qui s’en régalent !

Thon germon

Les thons germons suivent chaque année un circuit différent. Parfois ils passent proche des côtes Atlantiques françaises, parfois ils font le chemin vers l’Irlande en restant très au large.
Les ligneurs du Pays Basque adaptent ainsi leur stratégie chaque année. Si les poissons passent proche de la côte, ils peuvent faire l’aller retour dans la journée.
Mais la majeure partie de la saison, qui dure de juillet à octobre, il est nécessaire de partir plusieurs jours. Entre 2 et 4 jours selon le succès de la pêche. Les poissons mordent intensément au lever et au coucher du soleil, un peu la journée et pas du tout la nuit. Si la pêche est prolifique, les pêcheurs rentrent dès la fin de la première journée. Mais souvent ils restent plusieurs jours, afin de rentabiliser le voyage.

Nos solutions pour garantir la fraîcheur des poissons même après plusieurs jours de pêche

Pour la raie et les poissons du Léman, pas de problème, les poissons montent vivants à bord même après plusieurs jours dans la filets. La fraîcheur est garantie pour ces pratiques spécifiques.
Pour le thon germon nous demandons aux pêcheurs de séparer les pêches :
  • les poissons du dernier jour de pêche sont destinés aux paniers, en frais, pour tenir nos engagements de livrer 72 heures après la sortie de l’eau
  • les poissons des jours précédents sont destinés à la transformation : fumaison, conserve et autres préparations
Il existe sûrement d’autres cas que nous allons découvrir au fur à mesure du développement de Poiscaille. Dans tous les cas on se posera les mêmes questions :
  • est-ce que le fait de laisser les engins de pêche plusieurs jours à l’eau entraîne des rejets ?
  • est-ce que cette pratique est habituelle et la pêche impossible sans laisser les engins pêcher plusieurs jours ?
  • est-ce que les marins passent toute l’année plusieurs jours en mer, loin de leurs familles ?
Et surtout, comptez sur nous pour partager nos réflexions et nos conclusions en toute transparence.