On vous explique un peu plus nos exigences concernant la taille des bateaux

Nos engagements sur la taille des navires

En résumé

Chez Poiscaille, nous nous engageons à ne proposer que des produits de la mer pêchés par des navires de moins de 12 mètres, limite très souvent utilisée pour délimiter la petite pêche.
Dans les faits, la majorité des navires partenaires font entre 8 et 10 mètres, les navires de 10 à 12 mètres ont été intégrés dans le réseau assez tardivement, à partir de 2023.
Depuis 1 an, suite à une évolution règlementaire, nous travaillons avec trois navires entre 13 et 15 mètres, qui pêchent le thon germon à la ligne.
La durabilité de ces navires reste exemplaire, et surement supérieure à certaines unités plus petites.
C’est aujourd’hui la seule dérogation à notre critère de longueur, nous n'envisageons pas d'autres exceptions pour le moment.
Si vous voulez plonger en détail sur ce sujet de la taille des navires chez Poiscaille, la lecture ci-dessous est pour vous !

L’origine du critère de moins de 12 mètres

Notre critère sur la tailles de navires compile plusieurs sources :La limite de 12 mètres garantit des pêches à petites échelles : la petite taille des navires limite la capacité de pêche et la durée en mer. Ceci entraîne des captures modérées et une fraîcheur maximale !
Ce critère a été fixé en 2012, alors que Poiscaille n’était qu’un embryon de projet. Nous l’appliquons de manière stricte depuis la distribution des premiers paniers, en 2014.

La majorité des navires partenaires font 8 à 10 mètres

On s’engage sur le fait de n’acheter qu’à des navires de moins de 12 mètres, ceux qui pêchent à petite échelle.
Dans les faits, la majorité de nos navires partenaires sont nettement inférieurs à cette limite.
En France, les navires qui pratiquent la ligne sont plutôt autour de 8 mètres. C’est la même chose pour les pêcheurs en plongée, qui peuvent travailler avec des petites unités. Au delà de 10 mètres on ne trouve quasiment que des navires industriels, de 30 mètres et plus.
Pour les fileyeurs, on a toujours été un peu frileux avec le fait de travailler avec des navires de 10 à 12 mètres. On connait des fileyeurs de 11,99 mètres qui posent plus de 40 km de filets par jour. On craint que ces pratiques génèrent des rejets et une très forte pression sur la ressource.
Depuis quelques années on a intégré quelques bateaux de 10-12 mètres dans le réseau, ils peuvent sortir plus souvent et parfois un peu plus au large. Ils apportent de la diversité dans les paniers et garantissent des volumes bienvenus quand les plus petits navires sont bloqués au port.
C’est le bon moment pour les intégrer dans le réseau Poiscaille. Maintenant que les pêcheurs qui ont les plus petits navires nous confirment qu’ils pêchent moins grâce à Poiscaille, on tente de faire changer de pratique à des unités plus importantes.

Les ligneurs du Pays Basque privés de pêche au large depuis l’été 2024

Le thon germon (ou thon blanc) est historiquement pêché par des ligneurs du Pays Basque. Ils ciblent le merlu au printemps et à l’automne, et le thon germon en été.
Pour pêcher le thon germon, les ligneurs partaient au large, loin de leur port d’attache. Traditionnellement, les pêcheurs suivaient les poissons, dans leur migration vers le Nord. Ils pouvaient ainsi “monter” jusqu’au large de Noirmoutiers voire Belle-Ile.
Les navires partaient au delà de leur limite de navigation autorisée. En effet la majorité des ligneurs sont en 3eme catégorie de navigation, ce qui implique qu’ils ne peuvent aller au delà de 20 miles des côtes, soit 37 kilomètres.
A chaque campagne de thon germon, les ligneurs du Pays Basque dépassaient largement cette limite, parfois à 40 voire 60 miles. Ils partaient alors en convoi, plusieurs bateaux dans la même zone, pour partager la localisation des thons et se porter assistance en cas de pépin.
Les autorités toléraient cette pratique très saisonnière, pendant quelques mois dans l’année au maximum.
Mais depuis 2024, cette limite est appliquée strictement. Les navires de pêche sont en cours d’équipement en balises de localisation (les VMS ou Vessel Monitoring System - Système de Surveillance des Navires).
Alors que les autorités fermaient les yeux sur le dépassement de la limite des 20 miles, la perspective d’équipement des navires change la donne. La position des navires peut être contrôlée en direct, impossible de laisser passer.
En 2024, quelques navires de notre réseau historique ont pêché du germon de ligne.
Mais en 2025 les contrôles ont été systématiques, impossible de suivre les thons germons quand ils ont quitté la zone autorisée au large de Saint Jean de Luz, port où sont basés la majorité des ligneurs.

Sans thon germon, la pérennité des ligneurs du Pays Basque est incertaine

Depuis l’application des intediction de pêcher au large, on sent les ligneurs du Pays Basque fragilisés.
Le thon germon permettait d’assurer de belles pêches sur l’été, avec une ressource en très bonne santé. Depuis la limitation, les alternatives sont limitées.
Le merlu semble moins abondant ces dernières années. Ils sont peu nombreux à avoir un réél quota de thon rouge. Et le maquereau, qui passait l’hiver dans la zone, est bien moins présent avec des quotas réduits suite à la surexploitation des pays du Nord de l’Europe.
Ainsi, on craint de voir plusieurs pêcheurs arrêter leur activité, par manque de possibilité de pêche.

Des navires de 15 mètres pour le thon germon et le thon rouge

Plusieurs pêcheurs voyant la législation évoluer ont pris les devants pour pouvoir pêcher au large sans contrainte.
Ils pratiquaient sur des navires de 10 mètres environ, la même pêche que celle décrite plus haut.
Pour aller plus au large que la limite autorisée par la 3eme catégorie, les exigences techniques sont conséquentes. Entre matériel de survie, grosses contraintes sur l’architecture du bateau et formation. Difficile de satisfaire à ces exigences avec un bateau de 10 mètres. Ainsi, on voit aujourd’hui des bateaux gagner 1 à 2 mètres. Des unités de 13 à 15 mètres sont ainsi mises à l’eau par les pêcheurs qui pratiquaient sur des navires de 12 mètres.
Ces agrandissements sont aussi l’occasion de gagner en sécurité, confort et en efficacité énergétique.

La durabilité reste garantie

La question qui nous taraude : “Est-ce que nos engagements de durabilité sont toujours valables avec ces navires de 14 mètres ?”
La technique de pêche reste la même. A la ligne, zéro impact sur les fonds marins, les petits poissons et captures non souhaitées sont remis à l’eau vivants. Aucun changement sur ces points
La crainte est donc de voir ces navires de 14 mètres pêcher plus. Oui, ils peuvent emporter plus de matériel, stocker plus de poisson à bord, embarquer plus de marins que les navires de 10 mètres.
Cependant, on suppose que le prélèvement global reste le même. Les navires de 10 mètres qui partaient auparavant au large capturaient des quantités similaires à celles que l’on voit aujourd’hui débarquer par les unités de 14 mètres.
Il y aujourd’hui moins de ligneurs qui pêchent le thon germon qu’il y a cinq ans. Oui les navires de 13-14 mètres pêchent sûrement un peu plus, mais le prélèvement global est a priori le même. A notre que sur le thon germon ce sont les chalutiers pélagiques qui pêchent la majorité des quantités en France. Des navires des 24 mètres, qui pratiquent en paire (”en boeuf”), partent deux semaines en mer, et rapportent entre 20 et 60 tonnes de poisson par marée.
Un ligneur Basque, même de 14 mètres, capture au maximum 20 tonnes de thon germon par an.

Un critère validé par ONG et scientifique

On se pose la question de déroger à notre limite de 12 mètres depuis plusieurs années.
On a donc eu le temps d’échanger avec plusieurs acteurs du secteur.
Didier Gascuel (ajouter lien), d’abord, scientifique référent sur le sujet de la gestion des pêches et fondateur du concept de Pêchécologie, l’équivalent marin de l’agroécologie.
Pour lui, volumes de capture et durabilité sont tout à fait compatibles. Les grands navires sont nécessaires pour aller pêcher au large sans mettre en danger les marins. La clef réside dans la bonne gestion des ressources et la limitation des impacts. Nos ligneurs de 14 mètres s’intègrent parfaitement dans ces principes.
Et côté Pleine Mer (ajouter lien), l’ONG qui oeuvre pour la transition des pêches et défend la petite pêche côtière, le retour est clair : tous les bateaux avec lesquels on travaille sont sérieux et restent particulièrement modérés dans leurs prélèvements, ils sont un excellent exemple de durabilité au delà de douze mètres.

Pas de projet d’étendre à d’autres cas

Ce cas des ligneurs de 14 mètres est très particulier. Ils font des pêches très saisonnières, sur des poissons qui étaient avant capturés par des unités de 10 mètres.
Le thon germon et le thon rouge sont des espèces clefs pour assurer l’approvisionnement, en frais mais aussi en conserves et en fumaisons.
Cette dérogation à notre limite de 12 mètres n’a pas vocation à s’étendre, nous n’avons pas identifié de cas similaires aux ligneurs du Pays Basque. Si jamais le cas se présentait à nouveau, comptez sur nous pour vous tenir informé en toute transparence.