Pêcheurs de dauphins ?

Depuis plusieurs années, c'est un sujet très chaud ! La pêche des dauphins est décriée et surveillée un peu partout par les défenseurs des cétacés. On pense à la baie de Taiji au Japon dans laquelle des centaines de dauphins sont tués chaque année ou aux pêches professionnelles danoises. Mais sur nos côtes, les scientifiques sont aussi en alerte.

Les dauphins du Golfe de Gascogne en danger

Si on suit les activités des ONG écologistes, en particulier Sea Shepherd, difficile de passer à côté de l'information : en 2019, les scientifiques de l'Observatoire Pelagis estiment que 11 500 dauphins ont péri de la pêche professionnelle dans le golfe de Gascogne, soit deux fois plus qu'en 2016. Les échouages sont de plus en plus nombreux et la population, estimée à 200 000 individus est en nette régression.
On appelle ces captures des prises accidentelles c'est à dire non souhaitées par les pêcheurs. Tout l'enjeu est de savoir comment les comptabiliser, les diminuer voire les éradiquer.

Pourquoi la pêche ?

Avant 2018, ce sont une trentaine de chalutiers pélagiques (en surface) qui étaient dans le collimateur des ONG. Des observateurs embarqués permettaient d'échantillonner les captures accidentelles des dauphins dans les chaluts, notamment lors de la pêche du bar l'hiver qui engendraient en quelques mois des échouages massifs sur les côtes du golfe. Depuis, les chalutiers pélagiques ont installés des dispositifs accoustiques répulsifs. En 2019, ils ne seraient plus responsables que de 5% de toute la mortalité par la pêche.

Grâce à des images filmées en mer et des modèles de trajectoire d'échouage, on peut aujourd'hui cartographier les zones et les autres techniques de pêche à incriminer. La pêche au chalut de fond et au filet seraient finalement dominantes dans les captures accidentelles de dauphins.
Chez certains scientifiques, le phénomène a un semblant d'explication : la surpêche impacterait les zones de chasse des dauphins qui s'approchent de la côte à mesure que leurs proient se raréfient au large.
On a du mal à comprendre pourquoi les dauphins se retrouvent à percuter les filets mais on imagine très bien qu'une fois s'être maillés, ils finissent enchevétrés et noyés sous l'eau...

Tensions avec les pêcheurs

Depuis que les images et les chiffres s'annoncellent, les associations et les ONG montent au créneau. Sensibilisation du grand public et actions sur le terrain, on met les grands moyens pour enrayer le problème.

Du côté des pêcheurs, on dénonce un acharnement soudain sur leurs pratiques et donc leur métier. La tension monte, des vidéos d'ONG montrant même des menaces et actions d'intimidation en mer.
Quand on regarde objectivement, on se dit que les torts sont partagés. D'un côté des ONG qui paraissent peu enclines à collaborer avec les pêcheurs, de l'autre une partie des pêcheurs qui ne semblent pas prendre conscience de l'ampleur du problème.

Ce qui est fait

Face au problème, les laboratoires de recherche ne restent pas les bras croisés. Les analystes sont aujourd'hui outillés pour autopsier les cadavres de dauphins échoués. Des projets de recherche sur des dispositifs technologiques visant à réduire les captures ont également vu le jour et les pêcheurs sont invités à baguer les animaux capturés pour mesurer leurs effets.

Un avis du Conseil scientifique européen a même préconisé une interdiction de pêche sur certaines des zones les plus concernées. Les États Membres ont le libre choix de suivre cette recommandation qui serait vécue comme un coup de massue de la part des professionnels.

Et à bord des bateaux du réseau Poiscaille

En ce qui concerne le filet, des images montrent que des bateaux d'une quinzaine de mètres pêchant la lotte ou le merlu sont responsables de la capture de dauphins, des techniques et des navires finalement assez proches de nos standards. La grosse différence, c'est que plus la quantité et le temps de calage des filets en mer est élevé, plus la probabilité de capturer des dauphins est grande. Et pour certains de ses bateaux de 14 ou 15 mètres avec 5 ou 6 marins à bord, la différence est nette.

Pour autant, elle n'abaisse pas la probabilité de capture de dauphin par un pêcheur du réseau Poiscaille à 0. On est donc allé creuser un peu plus.
Comme sur les problématiques de rejets en mer, ils sont très sensibles sur le sujet. Cela va évidemment de pair.
Au Cap Ferret, un des pêcheurs nous a raconté en avoir déjà capturé un au filet il y a quelques années, un évènement pas anodin à bord de son bateau. Un cas qui a donc l'air assez rare sur l'ensemble du réseau mais pas inexistant. Difficile pour les pêcheurs de promettre de ne pas en attraper, le risque 0 n'existe pas.

Ce dont on ne doute pas de leur côté, c'est de leur volonté et leur capacité à améliorer leurs techniques pour trouver des solutions. Poser moins de longueurs de filet, éviter les zones les plus concernées par les passages de dauphins, relever ses filets toutes les 10h maximum, ce sont déjà les garanties des pêcheurs du réseau Poiscaille pour limiter drastiquement les accidents.